Doudou-Dy : La nouvelle coqueluche du Congo cartonne avec « J'irai à Kingston »
Habitués au ndombolo et à la rumba, les mélomanes et les médias congolais se sont entichés ces derniers temps du ragga servi dans « J'irai à Kingston », un album de Doudou-Dy, de son vrai nom Lestin Moupegnou (sur la photo ci-contre). Une curiosité, un phénomène qu'Afriqu'Echos Magazine (AEM) tente de comprendre avec cette nouvelle coqueluche de la musique congolaise.
AFRIQU'ECHOS MAGAZINE (AEM) : Le public connait plus vos chansons que l'auteur ?
DOUDOU-DY (DD) : Je dois avouer ne pas me connaître mieux que ceux qui, depuis un certain temps, ont l'½il sur moi, sinon retenez que je reste un artiste dont la prédilection est le raggamuffin et en quête de maturité musicale. Aujourd'hui, je veux que l'on retienne qu'avec l'aide de mon manager et de mon directeur artistique, je suis le tout premier chanteur à mettre officiellement sur le marché du disque congolais un album ragga. Malgré cela, je garde ma tête sur les épaules.
AEM : Qu'est-ce qui vous a amené à la musique ?
DD : Depuis mon enfance je prenais plaisir à m'empiffrer de musique, et à un certain moment, de celle de Tchico Tchicaya "Jeano". J'écoutais progressivement du Dr Alban, Shabba Ranks, les Kassav mais aussi Bob Marley and the Wailers. Tous ces artistes et groupes avaient ceci de commun, à mes yeux : leurs refrains étaient très accrocheurs et s'incrustaient dans ma mémoire, jusqu'à ce qu'un jour je m'empare du micro comme pour imiter ceux qui me plaisaient. Peu après, j'ai fait la rencontre d'une bande d'amis avec qui nous avons alors décidé de créer le groupe Légitime Brigade en 1995 à Brazzaville.
AEM : Quelles sont vos sources d'inspiration ?
DD : Je suis d'accord avec les artistes qui pensent qu'une chanson doit avoir de la matière, au-delà du divertissement ou du rythme. Elle peut alors éduquer, être une thérapie et surtout servir de miroir à la société. C'est ainsi que ma base d'inspiration reste d'abord ma formation parce que, de nos jours, la musique est devenue textuelle donc j'écris en m'inspirant de ce que je vis, de ce que je vois et de ce que je ressens.
AEM : Pourquoi avoir choisi le ragga ?
DD : Parfois je me demande si c'est moi qui ai choisi le ragga ou c'est le contraire. Il convient de souligner que tous les genres musicaux se valent, simplement à l'idée que la musique est quelque chose d'universel et reste l'art d'adoucir les m½urs. Je trouve que le ragga qui est proche du reggae, une musique de revendication, est un truchement favorable non pas pour faire passer des choses erronées, mais pour véhiculer un message d'amour, de paix et m'aide surtout à défendre les opprimés ou simplement à positiver.
AEM : Quelle différence faites-vous entre le reggae et le ragga ?
DD : Je sais, de mémoire, que le reggae est une musique dite de révolte caractérisée par un rythme très lent mais authentique et original. On l'appelle également musique première... Par contre, le ragga, le diminutif de raggamuffin , veut dire « va-nu-pied », un genre de musique issu du rap et du reggae considéré comme un dérivé du dernier. Le ragga est donc un nouveau reggae, saccadé ou plus rythmé.
AEM : Que signifie « J'irai à Kingston » ?
DD : Ce titre est celui d'un mini album, d'un album en puissance et par-dessus tout, une philosophie à plusieurs sens. Pour commencer, je dirais qu'il est naturel pour un ragga man d'émettre un souhait bien qu'exagéré de fouler le sol jamaïcain pour y apprendre, donc directement à la source. Et pour terminer, j'aimerais dire que « J'irai à Kingston » est aussi un slogan que n'importe qui peut employer pour dire qu'il compte réussir malgré les embûches.
AEM : Auriez-vous un idole ?
DD : J'apprécie Sean Paul qui me tient toujours en haleine, à travers ses ½uvres audiovisuelles, un ragga man de la rupture, selon moi qui apporte un sang nouveau par rapport à Shaggy qui, d'ailleurs, n'a rien à prouver à Chakka Demus, Dr Alban et Shabba Ranks que j'aimais tant et qui ont de l'influence sur mon style. Seulement, ce n'est pas pour autant que je vais ériger l'un d'eux en mon idole, loin de là. Je crois en l'effort, et témoigne en outre de beaucoup d'estime pour Nelson Mandela dont le sens du combat me donne à m'aimer lorsque je tombe et me relève ensuite pour continuer ma course jusqu'au bout.
AEM : Des souhaits en guise du dernier mot.
DD : Je m'en vais lancer un appel urgent aux dirigeants africains, afin qu'ils déployent les efforts nécessaires pour la réduction de la pauvreté sur le continent, et dans la lutte contre le Vih-Sida. Merci infiniment aux citoyens du monde, et à tous les Africains qui, comme moi, aiment la paix. Mon coeur me demande de faire un clin d'oeil au label le Renouveau style, avant de vous remercier et de dire également grand merci à tous ceux qui, de près comme de loin, me soutiennent et sont sensibles à ma musique.|Propos recueillis par Fresnel Bongol Tsimba (AEM)